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J’avais connu l’existence de Street Art City, il y a plus d’un an. A l’époque, j’avais eu l’information que le lieu organisait des jeudi pour les entrepreneurs et le concept m’intéressait. Mais, je n’ai pas trouvé le temps pour m’y rendre (c’est à 1h10 de chez moi). Et puis, à la Foire de Clermont-Cournon, j’ai eu la chance de rencontrer le fondateur, Gilles Iniesta, sur le stand de Street Art City. J’ai pu discuter avec lui d’une possible interview et nous avons pris rendez-vous. J’étais vraiment très heureuse de cette opportunité !

 

 

 

 

Street Art City à Lurcy Lévis

En 2003, Gilles Iniesta (actuellement 64 ans) et son épouse tombent sur l’offre de France Télécom qui vend un lot de propriétés dont un ancien centre de formation, 10 hectares, 7000 m2 de bâtiments à Lurcy Lévis dans l’Allier.

Ils font l’acquisition du lot. Abandonné en 1992, les lieux ont besoin de réhabilitation. Le couple s’occupe dans un premier temps l’une des propriétés qu’ils restaurent.

En juillet 2015, lors d’une ballade avec son chien, Sylvie, l’épouse, a un flash. Elle voit le mot graffiti, des murs en couleurs. Rentrée chez elle, elle fait des recherches sur internet et découvre le monde du graffiti et de l’art urbain. Cette expression artistique les a rapidement fasciné, ils  découvrent un art éphémère ; en effet différents projets dans le Monde (Paris, New-York) étaient voués à la démolition mais eux ne voulaient pas démolir leurs bâtiments. Alors, l’idée a germé d’un projet de résidence pour les artistes de cet art éphémère. Cette résidence dédié au street art serait la première et unique au monde !

Avant de lancer le projet, Gilles et Sylvie contactent des artistes régionaux, dans un premier temps. Un collectif de cinq artistes vient sur les lieux pour discuter et surtout faire un premier mur pour avoir une idée de ce que cela pourrait donner comme perspective. Le couple et le collectif sont ravis du résultat, les photos sont partagées sur les réseaux sociaux et à partir de ce moment là, d’autres artistes les contactent assez vite, fin 2015.

Depuis, 240 artistes sont passés sur le site et 900 artistes sont sur liste d’attente. Ils viennent de tous les pays du monde (Australie, Etats-Unis, Canada, Japon, Pérou, Chili, Mexique, Allemagne, etc.). Généralement les artistes restent une semaine à 1 mois, tout dépend du mur choisi, de la technique, la complexité de l’oeuvre. Ils sont chouchoutés (nourris, blanchis, logés) et l’ensemble du matériel dont ils ont besoin est mis à leur disposition (bombes de peinture,  Montana Colors, peinture liquide Zolpan, des nacelles sont louées chez Loxam (pour les plus grandes oeuvres). “J’aime bien dire que « L’artiste arrive avec ses vêtements et son talent, il est placé dans une bulle de confort dans laquelle il ne doit penser qu’à une seule chose, c’est créer, c’est tout”.” m’explique Gilles Iniesta.

Les artistes sont sélectionnés selon leur book. La sélection se fait uniquement par les visuels, l’objectif étant de montrer au public, le plus large éventail de techniques, styles, approche. Il y a du graffiti, du muralisme, du photoréalisme, du pochoir, du collage, du sticker, de l’affiche, etc. Street Art City se veut un tremplin pour ces artistes, mettre en lumière les plus talentueux pour les faire connaître et qu’ils puissent par la suite, envisager de vivre de leurs talent en vendant des œuvres

Street Art City emploi 10 salariés qui s’occupent du site, des artistes et de l’accueil du public, tout au long de la saison, du 30 mars au 4 novembre.

Gilles Iniesta dit : “On ne crée pas une activité en regardant à quelle subvention on va avoir droit, on crée une activité qui est porteuse et à laquelle on croit. Et puis quand ça fonctionne bien., quand la mairie, quand le conseil départemental, s’aperçoivent que c’est porteur, qu’on fait venir du monde (on a des visiteurs qui viennent de la France entière, Belgique Allemagne, etc.) des hôtels disent qu’ils ont une progression de leur fréquentation de 40 % grâce à Street Art City, alors, à un moment donné, les élus s’en rendent compte et ils agissent,  comme ils doivent agir. Street Art City participe à la mise en lumière du territoire, le public réagit bien. Le maire est acquis à notre cause, il est venu plusieurs fois pour des interviews télé, il a dit le bien qu’il pensait du projet, la ville de Lurcy Lévis est mise en lumière. Le bar PMU a même rouvert une cuisine pour la restauration, , il a embauché un cuisinier.”

Le site de Street Art City

Ce qui fait la particularité de ce projet, son intérêt, son unicité, c’est qu’il est en pleine campagne, en plein cœur du Bourbonnais. C’est une peu une micro-ville en plein milieu de la campagne, au milieu des vaches et des moutons.

Actuellement, sur les 22 500 m2 de murs, 15 000 m2 de murs ont été couverts. Un des bâtiments comporte 128 chambres. Il est  dédié au projet “Hôtel 128”, 128 œuvres cellules, par 128 artistes venus des 5 continents. A ce jour 94 sont visitables, 51 ont été créées en 2017, 43 en 2018. Il en reste encore 32 à réaliser en 2019. A partir de septembre 2019, les 128 chambres seront visitables. En 2021, progressivement, les chambres seront effacées et tout sera renouvelé. Ensuite, d’autres artistes viendront s’exprimer à leur tour.

Plusieurs espaces intérieurs sont dédiés à des expositions solo et la galerie collective, l’espace Artshop Gallery, présente les œuvres (sur toile, palissades ou autres supports mobiles) que les Artistes créent lors de leur résidence. Toutes les œuvres exposées sont proposées à la vente.

Il est aussi possible de se restaurer plus place à l’espace street food, débuter sa visite à 11h, faire une petite pause pour le déjeuner et continuer l’après-midi. Le site ferme à 19h.

 

 

La communication de Street Art City

Street Art City dispose d’un site internet (mis à jour tous les jours), d’une page Facebook et d’un compte Instagram. Mais ce qui fait le plus gros de la communication, ce sont les reportages télé (TF1, France 2, France 3, M6, D8, etc.) dans les différents journaux télévisés, les innombrables articles de presse, tant généraliste que spécialisée, (La Montagne, La Semaine de l’Allier, Aujourd’hui en France, Télérama, Fémina, Le Parisien, Artension, beaux Arts Magazine, Arts Magazine, etc.),les reportages repris par des télés australienne, vietmanienne).  De nombreux reporters étrangers sont aussi passés sur le site, ce qui a contribué à mettre en lumière l’Allier, Lurcy Lévis à l’étranger. . Un tournage est en cours pour une série télé, différents portraits d’artistes, sont en cours de réalisation pour plusieurs chaînes spécialisés.

Street Art City coordonne de nombreuses opérations avec des entreprises, des villes, voire même des particuliers qui souhaitent faire réaliser une fresque murale par un/des Artistes. Ainsi, tout dernièrement, ZESO a réalisé une véritable œuvre d’art sur une remorque frigorifique des transports Thévenet de Vichy ; le camion ne passera pas inaperçu !

Les objectifs pour 2019

C’est de faire la dernière tranche de la première trilogie de l’Hôtel 128, et aussi de mettre en place une représentativité à l’extérieur. Nous allons aussi montrer Street Art City dans de grosses villes à l’étranger, pour continuer à attirer, continuer sur la lancée de l’excellence artistiques. Il y a un challenge entre les artistes qui viennent ici, le niveau monte chaque année”.

 

Des conseils pour un futur porteur de projet ?

“Le seul conseil, que je donnerais, c’est de foncer, d’y aller, de ne rien attendre de l’institution. L’argent vient par conséquence. On ne doit pas choisir un métier pour l’argent mais parce qu’on aime un métier, et si je le fait bien, je gagnerais de l’argent par conséquence. En France on est  beaucoup dans l’idée d’assistanat.”

 

Le mot de la fin 

“Nous sommes des Bourbonnais d’adoption. Je ne peux plus entendre que le Bourbonnais, c’est le trou du cul du monde. Et en plus,  dit par des Bourbonnais. Nous, on voit dans le regard des gens qui viennent de la France entière, des étrangers, qui disent “jamais je n’aurais pensé que l’Allier pouvait être aussi beau”. C’est vrai, c’est une réalité, on est dans la nature. On trouve dans l’Allier,  la forêt de Tronçais, une offre culturelle intéressante, Moulins où il y a différents musées le Centre National du Costume de Scène, mais aussi des structures intéressantes comme par exemple Viltais ; jamais, aucun habitant ne m’a parlé de Viltaïs (association de Moulins pour l’insertion et le logement) alors qu’ils sont au 24h du Mans. Nous avons recensé tous les artistes du Bourbonnais qui sont sur le territoire, c’est impressionnant. Il y a aussi de nombreux étrangers, hollandais, anglais. Mais c’est peut être normal, nul n’est prophète en son pays. Les habitants de l’Allier vivent dans le train train quotidien, dans le regard des autres.  Le message qu’il conviendrait peut être de faire passer aux élus c’est de mettre un petit peu de moyen pour ça, ne pas rester reclus.”

 

 

Mon ressenti à la visite du site 

D’habitude, je finis toujours par une conclusion, mais là, il fallait que je vous donne mon ressenti à la visite de ce site pas comme les autres. J’ai vraiment été émerveillée par les différentes peintures extérieures, de différents styles, de différentes hauteurs, les portraits m’ont particulièrement touchés. C’est vraiment une atmosphère particulière que l’on ressent, des bâtiments un peu délabrés mais qui reprennent vie grâce aux différentes peintures.

A l’intérieur, j’ai visité les différentes galeries et l’exposition de Ted Nomad, plongée dans le noir, m’a fascinée, enfin, les portraits m’ont fascinés. Et puis, il y a les chambres cellules de l’Hôtel 128. Je n’ai pas pu visiter toutes les chambres visitables faute de temps, mais celles que vous pouvez voir en photo dans l’article, m’ont, pour certaines, laissée un sentiment de malaise, pour d’autres, un sentiment de renouveau, une m’a fait retombée en enfance, toutes sont vraiment très réussies. La chambre témoin, laissée nue, montre la somme de travail des artistes dans celles qu’ils ont décorées.

C’était un très bel après-midi et j’ai été enchanté de ma visite. J’ai pu rencontrer un couple qui visitait en même temps que moi, et chez eux, la même joie de découvrir ces lieux.

 

Conclusion

L’aventure de Street Art City est en perpétuelle évolution. Sylvie et Gilles Iniesta se donnent à fond pour rendre ce lieu agréable aux artistes pour qu’ils puissent créer des œuvres magnifiques.

Si je n’avais qu’un conseil, c’est visiter ce lieu unique au monde, il ne doit pas être seulement réservé aux visiteurs d’autres départements ou de pays. Les Bourbonnais doivent découvrir ce qui fait parti de la renommée du département de l’Allier. Dépêchez-vous, le site ferme le 4 novembre pour rouvrir le 30 mars 2019.